Notre consoeur, le Dr Karin Spiegel, chercheuse à l’ULB soutenue par le Fonds national de la recherche scientifique (FNRS) et ayant effectué une partie de ses recherches à l’Université de Chicago, a publié ces dernières années ses multiples travaux sur la relation entre l’obésité et le manque de sommeil.
Au préalable, elle avait étudié l’impact du sommeil sur les sécrétions endocriniennes. Avec son équipe, elle s’est intéressée aux conséquences potentielles d’un manque de sommeil sur l’organisme ; et en particulier sur le système endocrinien, le métabolisme glucidique, la fonction immunologique et la fonction cardiovasculaire. Il s’est avéré que chez des sujets jeunes et en bonne santé, un manque de sommeil est associé à des perturbations physiologiques importantes : ils se comportent comme des sujets âgés.
Elle a ensuite mis sur pied une autre expérience : en soumettant de jeunes hommes, en bonne santé et de poids normal à des restrictions de sommeil (2 nuits de 4 heures) puis à de longues nuits (2 nuits de 10 heures), sans modifier l’activité physique et l’apport calorique, elle a constaté de grandes variations dans la sécrétion de 2 hormones : la leptine (hormone freinant l’appétit) et la ghreline (hormone stimulant l’appétit). Après 2 nuits de restriction de sommeil, les taux de leptine diminuent et ceux de ghreline augmentent, ce qui se traduit par une grande faim. Et vers quels types d’aliments sont attirés ces jeunes en manque de sommeil ? Les aliments riches en graisses et en sucres, qui sont à l’origine de la prise de poids.
Ces résultats joueraient-ils un rôle dans l’épidémie d’obésité qui s’observe partout dans le monde ? Consacrer plus de temps au sommeil pourrait-il modifier l’évolution et l’ampleur de ce phénomène ?
Ces questions restent en suspens, et les réponses sont attendues dans les années à venir avec le résultat d’études en cours..mais une chose est sûre : ces résultats soulignent une fois encore l’importance du sommeil dans notre vie et dans nos comportements diurnes, et malgré une vie sociale qui s’organise de plus en plus sur 24h, il est indispensable de respecter les heures de sommeil dont on a besoin..et pas tous le même besoin !
Lire plus :
Knutson KL et al. Sleep Med Rev. 2007 Jun;11(3):163-78
Spiegel K et al. Nat Rev Endocrinol. 2009 May;5(5):253-61.
Spiegel K et al. Ann Int Med 2004 ; 141 : 846-850.